ECONOMIE

SIE Idrissa BARRO : « Je pense, et c’est vraiment intime à moi, les frontières entre la Côte d’Ivoire et le Burkina n’ont pas de raison d’être »

Entretien : SIE Idrissa BARRO, Directeur Général de la compagnie de transport TCV : « Je pense, et c’est vraiment intime à moi, les frontières entre la Côte d’Ivoire et le Burkina n’ont pas de raison d’être »

D’un BARRO à un autre, l’on peut enlever un Yacouba pour remplacer par un Idrissa, mais le résultat reste le même, TCV (Transport Confort Voyageur). Depuis 10 ans il préside aux destinées de la compagnie de transport inter Etats. Idrissa SIE BARRO est lauréat du Prix d’excellence du meilleur artisan du transport terrestre de la 5e édition de la COPTAC (Convergence des Peuples pour la Promotion du Traité d’Amitié et de Coopération Ivoiro-Burkinabè). Expert-comptable de formation, l’homme a préféré le brassage populaire des gares routières au calme et au luxe des cabinets d’expertise comptable. Dans cet entretien qu’il a accordé à hakiiqa.net, lors de son passage à Abidjan pour la réception de son Prix, l’homme estime que les  » frontières entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso n’ont pas leur raison d’être« . Outre les frontières, Sié BARRO évoque la situation sécuritaire de son pays, la concurrence entre transporteurs et annonce que sa compagnie est prête en cas d’ouverture des frontières.

Hakiiqa.net : Bonjour M. BARRO SIE Idrissa, parlez-nous de TCV

BARRO Sié : TCV, c’est une compagnie de transport comme je le disais, transport de personnes en commun, une compagnie de transport qui a 20 ans d’expérience, une compagnie qui se donne pour défi de relier tous les pays de l’espace ouest africain d’où d’ailleurs notre slogan, « L’intégration en marche ».

 Comment BARRO Sié est venu au transport ?

Je suis expert-comptable de formation. Le transport, ça été une opportunité pour moi. A la fin de ma formation d’expertise comptable, je me suis lancé, et je me plais bien.

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Vous avez préféré la gare à un cabinet d’expertise comptable ?

J’ai fait un tour au cabinet. Mais pour finir par me rendre compte que c’était la même finalité. Au final c’est pour pouvoir servir notre environnement, nos proches. Avec le transport, je me rends compte que c’est plus de possibilités. Je sers plus.  Sans toutefois dire qu’au cabinet on ne sert pas !  Nous servons. Là dans le transport nous brassons du monde. C’est une activité, sans le savoir avant qui me plaît beaucoup.

Vous êtes à Abidjan dans le cadre de la 5ème édition de la COPTAC où vous êtes lauréat du grand Prix du meilleur transporteur terrestre. Quel commentaire ?

Idrissa BARRO Sié tenant ici son trophée

C’est toujours très intéressant de savoir que nos efforts quelque part, hors de chez nous, sont remarqués. Lorsque j’ai été contacté, me disant : « M. BARRO, vous avez été recommandés, vous recevez un Prix », j’étais content. C’est là  que nous nous rendons compte que malgré les difficultés, nous avançons tout de même. Parce que soit même, on ne peut pas le constater, mais quand des   personnes extérieures peuvent nous dire : « Ecoutez, ce que vous faites là, c’est bien, continuez », c’est encore plus encourageant.

Ici Sié Idrissa Barro avec ses collègues lauréats

Cette distinction arrive à un moment où les frontières terrestres sont fermées pour cause de COVID19. Comment à TCV, on vit la situation ?

Il faut dire, c’est difficile.  Nous sommes touchés en plein cœur. C’est notre cœur de métier même qui est touché. Nous sommes confrontés à une maladie, nous supposons que c’est la recherche de solutions qui amène nos autorités à fermer les frontières. Cependant, sous espérons, nous prions que les choses aillent mieux afin de me permettre de reprendre sainement nos activités.

Le communiqué du dernier TAC, Traité d’Amitié et de Coopération Ivoiro Burkinabè a évoqué une ouverture ‘‘humanitaire’’ des frontières. Cette mesure, si elle venait à se réaliser peut vous soulager un tant soit peu ?  

Ouvrir avec des conditions, ce serait peut-être la solution ! on voit que les frontières aériennes sont ouvertes et que les choses se passent plus ou moins bien. en tout cas, quand on fait un tour à l’aéroport on voit que les mesures barrières sont plus ou moins suivies. Pourquoi ne pas essayer la même chose au niveau des frontières terrestres ? Parce qu’à la réalité, on se demande si vraiment on peut réellement vivre comme ça, sans voyager, sans activité.

TCV a été rejoint sur l’axe Burkina Côte d’Ivoire par plusieurs autres compagnies. Est-ce qu’à un certain moment donné vous n’aviez pas craint la concurrence ?

C’est la toute première compagnie à faire les lignes directes. Ouaga-Abidjan, Bobo-Abidjan, Ouaga -SanPedro, Ouaga -Korhogo, Ouaga- Soubré, Ouaga- Méagui. Nous sommes la toute première compagnie. Mais nous sommes dans un monde concurrentiel !  C’est normal avec l’évolution des activités que d’autres opérateurs économiques, voyant le succès que vous avez sur tel ou tel business, essaient aussi de s’engager.  C’est tout à fait normal. Mais, je dirai que y a un potentiel à exploiter. Non je ne vois pas ça d’un mauvais œil. Cela nous appelle à plus travailler, à mieux faire, et tout ça pour le bonheur de nos populations.

En cas d’ouverture des frontières, TCV est-elle prête ?

Nous sommes prêts. En cas d’ouverture nous sommes prêts. Nous avons du matériel roulant, nous avons de nouvelles acquisitions, que nous exploitons déjà. TCV est prêt en cas d’ouverture.

En tant que précurseur du transport transfrontalier, quelles propositions pouvez-vous faire à l’endroit des gouvernants pour plus de brassage des peuples ?

J’avoue que c’est un point sur lequel il faut pour travailler. Il faut beaucoup travailler, parce qu’en réalité, moi je le dis toujours, les frontières entre la Côte d’Ivoire et le Burkina n’ont pas de raison d’être.  Je pense, et c’est vraiment intime à moi ce que je dis. Quand nous regardons les peuples, quand nous regardons les façons de vivre des populations, nous pensons qu’entre la Côte d’Ivoire et le Burkina, les frontières n’ont pas lieu d’être.  Ça demande du travail, ça demande plusieurs assises j’imagine. Mais elles n’ont pas lieu d’être. Quand je vois des organisations comme le TAC, je me dis que c’est parce que nos gouvernants aussi sont conscients de ce que je dis. Et c’est pour cela justement qu’ils ont créé le TAC. Notre souhait est que les choses puissent aller de mieux.

Le Burkina Faso connait une situation sécuritaire les plus difficiles. Comment le transporteur et le citoyen que vous êtes, vit la situation ?

La situation sécuritaire au Burkina Faso, J’avoue que c’est difficile à vivre. C’est déjà difficile à vivre, pas forcément entant qu’homme d’affaires mais en tant qu’homme.  Voir nos frères et nos sœurs, comme ça à terre. C’est difficile, c’est très difficile. Ça peut être nos propres frères, nos propres sœurs, nos cousins, notre famille. C’est difficile à voir. Mais que faire dans ces moments ? Ce n’est la volonté de personne. Il faut soutenir nos forces de défense et de sécurité, il faut les encourager, et beaucoup prier. Je le répète, il faut beaucoup prier.

L’œil d’un jeune sur la jeunesse. Encore faut-il que M. BARRO soit un jeune !

Rire ! Il y a encore du travail. Encore du travail. Ça passe par là ! Ça passe par l’entrepreneuriat des jeunes, et il ne faut pas attendre d’avoir une compagnie comme TCV avant de commencer d’entreprendre. Il faut commencer quelque part. L’Etat seul ne peut pas tout absorber.  Je pense que le développement économique d’une nation passe par l’entrepreneuriat, par la création d’emplois. La création d’emplois ne signifie pas qu’il faut être forcement dans un bureau, ou que chacun soit un fonctionnaire, un directeur ou un responsable de service. Le jeune qui vent du lotus, qui tient sa petite table au bord de la route, il crée de la valeur ajoutée.  C’est de l’emploi. Moi je pense, je suis convaincu que ce sont ces genres d’initiatives qu’il faut encourager. Le faisant, cela pourrait résoudre beaucoup de problème dans notre communauté.

Un dernier mot, M. SIE Idrissa BARRO

Je tiens à vous dire merci, je dis merci à l’ensemble des mes collaborateurs, à la communauté TCV pour leur confiance. Je reviens sur la question sécuritaire en disant mes encouragements à toute la population Burkinabè et Ivoirienne. Nous demandons à Dieu de nous assister afin que le calme revienne sur nos terres. Je vous remercie.

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